Journaliste, féministe et auteure guinéenne, Aminata Pilimini DIALLO est la fondatrice de ActuElles.info, un média consacré à la promotion des femmes et de leurs droits. Son parcours l’a conduit du journalisme au féminisme, puis à la littérature. En décembre 2025, elle a publié « Lettre à ma sœur », son premier roman. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, son engagement pour les femmes, les expériences qui ont marqué son combat et les enseignements qu’elle souhaite transmettre aux jeunes femmes africaines.
Qu’est-ce qui vous a conduit du journalisme au féminisme, puis à la littérature ?
Mon parcours journalistique a commencé à l’université, où j’ai étudié le journalisme et la communication. Entre 2010 et 2011, j’ai écrit pour un journal de jeunes et effectué un stage à Chérie FM. J’ai ensuite travaillé dans la communication avant de partir en Sierra Leone, en 2013, pour apprendre l’anglais.
À mon retour, en 2014, j’ai effectué un stage à La République, un hebdomadaire, tout en travaillant comme pigiste à Guinée Inter. J’étais alors journaliste culturelle et je réalisais notamment des reportages sur la mode, la musique et le cinéma.
Je voulais créer un site culturel, mais je me suis sentie surtout interpellée par la faible présence des femmes dans les médias. Elles étaient pourtant instruites et expertes dans plusieurs domaines. C’est ainsi que j’ai créé ActuElles.info, en mars 2015.
Je suis devenue féministe à travers les reportages que je faisais et les dénonciations que je portais. En 2017, j’ai commencé à animer « Femme modèle » sur Love FM, une émission que j’ai présentée jusqu’en 2024. En 2021, j’ai également été rédactrice en chef de la radio pendant quelques mois.
J’ai aussi animé Fashion Live, une émission consacrée à la mode sur la télévision ATV, jusqu’en 2020, année où j’ai arrêté à cause de la pandémie de Covid-19.
Pour l’écriture, j’écrivais depuis toute petite, dans des magazines, des cahiers de souvenirs et des journaux intimes. J’écrivais également sur Facebook. Mais c’est avec Lettre à ma sœur que je suis véritablement devenue auteure.
Ce qui m’a poussée vers cette écriture, c’est la condition des femmes dans nos pays. Le journalisme était une passion, mais après des années, j’ai eu envie de donner la parole aux femmes, de les promouvoir et de les médiatiser. Mon intérêt pour les femmes m’a conduite au féminisme.
Du journalisme, je suis devenue féministe, puis du féminisme et du journalisme, je suis devenue femme de la littérature, écrivaine et auteure.

Que raconte Lettre à ma sœur ?
Ce livre retrace dix années de mon parcours journalistique et féministe, de 2015 à 2025. Je suis une féministe très controversée en Guinée et j’ai subi beaucoup d’attaques et de harcèlement. J’ai voulu retranscrire cette expérience pour donner de la force à des filles qui voudraient s’engager, mais qui pourraient avoir peur.
Je voulais leur montrer ce que j’ai vécu, ce qu’on m’a refusé, ce que j’ai pu offrir et mes limites. J’ai voulu mettre tout mon cœur dans ce livre et raconter tout ce que j’ai fait comme féministe pendant dix ans.
Comment le public a t-il accueilli le livre ?
Le livre se porte bien. Il a été acheté avant même le buzz que j’ai connu récemment et les ventes ont continué après.
En Guinée, je suis beaucoup sollicitée. Ma famille, mes amies féministes, mes autres amis et mes collègues l’ont acheté. Presque chaque service de mon bureau avait au moins cinq acheteurs.
Des hommes et des femmes l’ont acheté, certains pour eux-mêmes et d’autres pour en faire des cadeaux. Il est également disponible en ligne sur Amazon et se vend aussi sur cette plateforme.
Quelles expériences ont le plus marqué votre engagement féministe ?
La création d’ActuElles.info est l’expérience qui m’a le plus marquée dans mon parcours journalistique. Au départ, je voulais simplement médiatiser les femmes, mais cela m’a rendue féministe.
J’ai ensuite aidé beaucoup de femmes et de jeunes femmes en Guinée et créé des concepts de coaching. J’ai médiatisé plus de 200 femmes guinéennes, africaines et du monde.
Une situation m’a particulièrement marquée. Une femme avait perdu sa mère, son père avait été amputé d’un pied et son frère souffrait de démence. Son mari, qui l’avait abandonnée pendant plus de sept ans, est revenu pour récupérer leur enfant. Le village s’était réuni pour demander à la femme de lui remettre l’enfant.
Cette situation m’a tellement touchée que je me suis dit que si je ne pouvais pas l’aider, j’arrêterais le féminisme. Heureusement, j’ai pu l’aider à récupérer son enfant. C’est l’un des actes qui m’a le plus marquée dans mon combat féministe.
Quel impact cet engagement a-t-il eu sur votre travail journalistique et littéraire ?
Tout est lié. C’est du journalisme que je suis devenue féministe, puis c’est du féminisme et du journalisme que je suis devenue auteure. Mon engagement me permet de parler des femmes, de les rendre visibles, de raconter leurs histoires et de mettre des mots sur leurs difficultés, mais aussi sur leurs joies et leurs réussites.
Depuis que j’ai commencé, mon défi reste de médiatiser les femmes. Là où je vois une femme qui doit être médiatisée, je le fais. Là où une femme subit une violence qui doit être médiatisée, je le fais également. Là où il y a une possibilité de sensibiliser, je le fais.

Comment souhaitez-vous que Lettre à ma sœur inspire les femmes africaines ?
Le livre peut surtout leur donner une force morale. Nous sommes dans un monde où il faut être forte mentalement, parce qu’il y a beaucoup de difficultés. J’y parle aussi des opportunités et de la manière de les saisir. J’espère donc qu’il pourra aider les femmes africaines à se lancer, à saisir les opportunités et à avoir confiance en elles.
Quels retours vous ont particulièrement marquée ?
Beaucoup de femmes me disent que j’ai été la première à leur tendre le micro, à les inviter dans une émission ou à mettre leur image sur mes pages. Elles me disent aussi que je les ai aidées à faire beaucoup de choses.
J’ai également créé un programme de coaching. De 2019 à 2024, plus de 150 femmes ont coaché plus de 200 filles. Je voulais que mon métier de journaliste soit lié à mon engagement féministe pour apporter quelque chose aux femmes et aux jeunes filles. Les retours des femmes qui sont reconnaissantes parce que j’ai fait leur promotion, ainsi que ceux des filles qui ont bénéficié de mes conseils, de stages ou de possibilités de travail, sont une véritable fierté.
Quelles sont les femmes qui vous inspirent ?
Toutes les femmes m’inspirent. Des petites sœurs du Club des jeunes filles en Guinée aux féministes africaines que j’ai rencontrées dans les agoras, sans oublier les écrivaines africaines. Toutes les femmes, dans tous les domaines, m’inspirent parce qu’elles sont fortes et qu’elles survivent malgré les difficultés qu’elles rencontrent chaque jour.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes filles qui souhaitent s’engager ?
Il faut être fortes, passionnées et avoir vraiment la conviction de ce qu’on fait. Il ne faut pas avoir peur de mener un combat aussi difficile que le féminisme, mais il faut le faire à la mesure de ses forces. On ne doit pas forcément faire ce que fait quelqu’un d’autre parce que nous n’avons pas toutes les mêmes forces. Pour s’investir dans l’égalité, le journalisme ou l’écriture, il faut être passionnée. Sans passion, il est quasiment impossible de faire long feu dans ces domaines.
Quel rôle les hommes devraient-ils jouer dans la promotion de l’égalité ?
Ils doivent d’abord reconnaître qu’on peut être égaux. Ils devraient aussi s’informer sur ce qu’est le féminisme avant de donner leur point de vue. Nous ne sommes pas contre les hommes. Nous ne voulons pas l’égalité pour rivaliser ou leur faire concurrence, mais pour être traitées équitablement, notamment dans les domaines professionnel et social.
Quel message adressez-vous aux jeunes femmes africaines ?
Je les encourage à poursuivre leurs rêves, à défendre leurs droits et à envisager une carrière journalistique ou littéraire. Qu’elles se forment, s’informent, soient audacieuses et passent à l’action. Qu’elles fassent ce qu’elles aiment, par passion et par conviction, sans avoir peur de la société. Elles ont le droit d’exister, de se battre pour ce qu’elles veulent et de faire de leur mieux pour être financièrement et émotionnellement épanouies.
Aminata SANOU
Silures Média
« Au-delà des faits! »

