Une préparation à base de feuilles de gombo et de citron bouillie peut-elle remplacer une séance de dialyse et « régénérer » les reins en trois jours ? C’est le mirage dangereux diffusé dans une vidéo publiée en septembre 2026 sur Facebook par le créateur de contenus, Daniel Yehoessi. En deux jours, ladite publication cumulait déjà 8 552 réactions, 449 commentaires et 1 889 partages. Et pourtant, il s’agit d’un faux remède particulièrement nocif.
Dans son tutoriel d’une minute et 33 secondes, l’auteur conseille de faire bouillir quatre feuilles de gombo et trois citrons coupés dans trois litres d’eau pendant 15 à 20 minutes, puis d’en boire un verre matin et soir durant 72 heures. Selon ses affirmations, ce breuvage « purifie le foie et les reins, lave les toxines et redonne à l’organisme sa capacité à s’auto-guérir ».
Une décoction ne remplace pas une dialyse .
La dialyse n’est pas un simple « lavage » ou une purge qu’une boisson pourrait accomplir. Le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (NIDDK) rappelle que l’hémodialyse est un traitement médical lourd. Avec ce procédé, le sang du patient circule à travers un filtre extracorporel appelé dialyseur qui extrait physiquement les déchets métaboliques, les toxines et l’excès de liquide que le rein détruit ne parvient plus à éliminer.
Interrogé par Silures Média, le Docteur Pascal Bowuro SANOU, médecin néphrologue au Centre hospitalier régional universitaire (CHR-U) de Banfora, recadre fermement les risques d’une telle pratique :
« L’insuffisance rénale se définit par l’incapacité du rein à assurer ses fonctions habituelles que sont l’élimination des déchets toxiques, la régulation des liquides et des électrolytes, ainsi que les fonctions endocrines. Cette décoction ne peut absolument pas remplacer la dialyse», clarifie t-il.
Ce que dit réellement la science
Le gombo (Abelmoschus esculentus) fait bien l’objet d’études scientifiques, mais aucune ne valide la recette de Daniel Yehoessi.
Une étude clinique randomisée publiée en 2024 sur PubMed a évalué l’impact d’un extrait de gombo séché chez 64 patients souffrant de néphropathie diabétique pendant dix semaines. Les chercheurs n’ont constaté aucune amélioration significative sur les indicateurs majeurs de la fonction rénale. Cette étude médicale utilisait un extrait dosé, sur une longue durée, et n’a, en aucun cas, démontré une capacité à régénérer le rein ou à suppléer la dialyse.
La « dialyse naturelle » de Daniel Yehoessi est dangereuse pour les reins.
L’illusion de la « détox » en 3 jours
Promettre la guérison ou le « nettoyage » des reins en 72 heures relève du danger médical. Dans une fiche d’information publiée le 20 avril 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rappelle que l’insuffisance rénale chronique est une maladie irréversible. A ce stade, les néphrons détruits ne se régénèrent pas. Seules la dialyse ou la transplantation permettent de maintenir le patient en vie.
De son côté, le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH), dans une mise à jour datée de mars 2025, confirme qu’il n’existe aucune preuve scientifique qui prouve l’efficacité des cures de « détoxification » pour traiter des pathologies organiques graves.
Selon le Docteur Pascal Bowuro SANOU, l’utilisation de décoction non contrôlée comporte des risques de décompensation fatale.
Attention aux témoignages en ligne
Si certains commentaires sous la vidéo affirment avoir testé le breuvage, ces anecdotes informelles ne constituent en rien des preuves médicales.
Selon le Docteur SANOU,l’absorption de 3 litres de décoction non contrôlée par un patient atteint d’insuffisance rénale surcharge les reins défaillants, aggrave sa maladie et l’expose à des risque de décompensation fatale. Il insiste que si ces remèdes traditionnels conviennent parfois à des personnes saines, ils deviennent cependant toxiques sur un rein déjà malade.
Cette affirmation du néphrologue rejoint les données de la National Kidney Foundation qui a elle aussi mis formellement en garde, dans une directive mise à jour le 5 septembre 2025, contre l’ingestion de plantes non contrôlées en cas de maladie rénale.
Les données scientifiques expliquent que le gombo et le citron apportent notamment du potassium et des minéraux que le rein malade ne peut plus filtrer. Cette surcharge expose le patient aux risques d’arrêt cardiaque.
Conclusion
La recette de Daniel Yehoessi ne possède aucune vertu thérapeutique contre la maladie rénale. Loin de « purifier » l’organisme, cette préparation surcharge les reins et met directement la vie des patients en danger en les incitant à abandonner leur prise en charge médicale. Il s’agit donc d’une affirmation FAUSSE.
ENCADRÉ
«…Certains en sont morts ! »
Allassane DRABO, président de l’Association burkinabè des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR) : « certains en sont morts. Donc, méfiance !».
Face aux nombreuses promesses de guérison ou de « détox » diffusées sur les réseaux sociaux, Allassane DRABO, président de l’Association burkinabè des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR), section de Bobo-Dioulasso, appelle les patients à la prudence et à respecter leur prise en charge médicale. « Le conseil que je peux vous donner, c’est de continuer à respecter vos séances de dialyse. J’ai vu beaucoup de malades essayer des traitements sur les réseaux sociaux et certains en sont morts. Donc, méfiance !».
La prise en charge de la dialyse renforcée au Burkina Faso.
Le Burkina Faso a construit de nouveaux centres d’hémodialyse et baissé le coût des soins.
Au Burkina Faso, l’accès aux soins rénaux constitue un enjeu de santé publique majeur. Le 20 juin 2026, le gouvernement burkinabè a annoncé l’ouverture de quatre nouveaux centres d’hémodialyse à Banfora, Dori, Dédougou et Fada N’Gourma. Il a également acté la baisse du coût de la séance dans les établissements publics (passant de 15 000 à 2 500 F CFA) ainsi que la suppression de la caution d’entrée de 500 000 F CFA. Cette décision qui vise à faciliter l’accès au seul traitement médical reconnu contre l’insuffisance rénale terminale.
Cette vérification des faits a été produite par Aminata SANOUdans le cadre du programme d’incubation Polish Embassy de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. Le choix éditorial est du ressort de Silures Média.