Une vidéo (lien archivé ici) relatée sur Facebook par le profil « Le temps » présente un « traitement naturel » des infections chroniques ou aiguës, notamment celles qui provoquent des démangeaisons durables. Au moment de la vérification, le Reel comptait 104 mentions « J’aime », 11 commentaires, 21 partages et 34 enregistrements.
La méthode combine un régime sans aliments transformés, sans sucre blanc et sans charcuterie, un jeûne avec un repas « après chaque 24 heures », un bain de vapeur préparé avec une décoction de plantes et une purge hebdomadaire. La décoction réunit notamment du « nènèp », du poivre long, des feuilles de « djéka », de l’écorce de manguier, de l’ail et des citrons. La purge repose sur une boisson de poivre long et de « 4 côtés » laissée à fermenter deux jours. Selon l’auteur de la vidéo, la transpiration permettrait d’éliminer au « maximum 20 % » des bactéries, des champignons et des impuretés présents dans le corps. Il termine par un appel à partager massivement et à le contacter sur WhatsApp.
Aucune de ces affirmations n’est étayée par les données scientifiques disponibles.
Des plantes connues, mais pas prouvées contre les infections
Après nos vérifications, le poivre long de la vidéo correspond au poivre de Guinée (Xylopia aethiopica). Le « nènèp » correspond à Vachellia nilotica, anciennement Acacia nilotica. Nous n’avons pas pu identifier les feuilles de « djèka » ni les fruits à « 4 côtés ».

Ces plantes sont utilisées en médecine traditionnelle. Une revue publiée en 2024 dans Nutrients rapporte pour Vachellia nilotica des activités antibactériennes et antifongiques. Ses auteurs soulignent que les essais cliniques chez l’être humain sont rares et qu’il faut davantage d’études sur les effets indésirables et les doses. Une activité antibactérienne rapportée pour une plante ne prouve pas que sa décoction utilisée en bain de vapeur, ou qu’une boisson fermentée, guérit une infection chez une personne. Et la revue elle-même demande des essais cliniques pour valider ces usages traditionnels.
La transpiration n’évacue pas les infections
La transpiration sert d’abord à réguler la température du corps. Elle élimine aussi de petites quantités de certaines substances. Mais une synthèse publiée en 2019 dans la revue Temperature conclut que son rôle dans l’évacuation des déchets et des substances toxiques paraît mineur, comparé à celui des reins et du système digestif. La même synthèse indique que le rôle de la sueur dans la défense contre les microbes reste à étudier. L’auteur de la synthèse travaille pour le Gatorade Sports Science Institute (PepsiCo). Le NCCIH, centre américain pour la santé complémentaire et intégrative, note, de son côté, qu’il n’existe aucune preuve convaincante que les programmes de « détox » éliminent réellement des toxines ou améliorent la santé. Quant au « maximum 20 % », la vidéo ne cite aucune étude, aucune méthode de mesure et aucune donnée. Le chiffre ne comporte donc aucune source vérifiable.
Le jeûne ne guérit pas une infection
Le jeûne est étudié pour ses effets sur la santé, le vieillissement ou la perte de poids. Dans sa fiche sur les cures de « détox », le NCCIH indique qu’il n’existe pas de conclusion ferme sur ses effets chez l’être humain. Il précise que le jeûne peut provoquer des maux de tête, des évanouissements, de la faiblesse et une déshydratation. Il n’existe donc aucune base pour affirmer que le jeûne guérit une infection.
Les purges ne sont pas une méthode de détox
La vidéo ne précise ni les quantités de poivre long et de « 4 côtés », ni la quantité d’eau de la boisson de purge. Il est donc impossible d’en évaluer les risques précis. Le NCCIH range parmi les cures de « détox », les laxatifs, les plantes et le nettoyage du côlon. Sur le nettoyage du côlon, il fait état de preuves cliniques limitées et d’effets indésirables parfois graves. Selon la même fiche, les effets nocifs sont plus probables chez les personnes ayant des antécédents de maladie digestive, de chirurgie du côlon, d’hémorroïdes sévères, ou souffrant d’une maladie rénale ou cardiaque.
Tous les microbes ne sont pas des ennemis
Le fait de présenter des bactéries et champignons comme des « impuretés » à éliminer brouille le rôle des microbes. D’après l’Institut national américain des sciences médicales générales (NIGMS), la plupart des microbes qui vivent sur et dans notre corps sont inoffensifs, et certains sont utiles. Sur la peau, ils empêchent des microbes infectieux de s’installer. Dans le côlon, ils aident à digérer certains glucides.
Verdict : Non étayé et pas cliniquement prouvé
Rien ne prouve que le jeûne, les bains de vapeur et les purges éliminent 20 % des microbes ou guérissent des infections. La méthode expose en plus à des risques, comme la déshydratation. Après vérification, nous concluons que cette allégation est fausse.
Aminata SANOU
Silures Média : «Au-delà des faits! »
Cette vérification des faits a été produite par Aminata Sanou dans le cadre du programme d’incubation Polish Embassy de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. Le choix éditorial est du ressort de Silures Média.

