Une vidéo (lien archivé ici) Facebook publiée par le profil Blessing Awadjo affirme que le cancer revient après même une opération chirurgicale. Le 30 octobre 2026, la publication comptait 5 255 mentions « J’aime », 197 commentaires, 738 partages et 1 399 enregistrements. Nous avons vérifié cette allégation et découvrons qu’elle est partiellement fausse.
L’auteur de la vidéo conseille aux femmes qui ont une boule au sein d’appliquer des feuilles pilées sur la poitrine.
Que disent les données médicales ?
La chirurgie est un traitement de référence. Selon l’Institut national du cancer américain (NCI), la plupart des personnes atteintes d’un cancer du sein sont opérées pour retirer la tumeur et le tissu voisin. Deux interventions sont possibles. La chirurgie conservatrice, ou tumorectomie, retire la tumeur et garde la majeure partie du sein. La mastectomie retire tout le sein. Le choix dépend de la tumeur et de la situation de la patiente, et la tumorectomie est en général suivie d’une radiothérapie. Pour les femmes qui peuvent choisir, la survie est la même avec les deux opérations.
L’opération est souvent complétée par d’autres traitements, appelés « adjuvants », comme la radiothérapie, la chimiothérapie, l’hormonothérapie ou les thérapies ciblées. Ils sont choisis selon le type de cancer et ses caractéristiques.
Une récidive est possible, mais pas certaine
La récidive est le retour du cancer après un traitement. Sur ce point, le NCI reconnaît que toute personne traitée pour un cancer du sein est exposée à ce risque. Mais le risque dépend du type de cancer, de son stade et de la taille de la tumeur, entre autres facteurs. Le NCI précise que la chirurgie et les traitements qui la suivent sont conçus pour réduire ce risque, et que les nouveaux traitements l’abaissent encore. Il ajoute que le risque de récidive est à peu près le même après une tumorectomie et après une mastectomie.
Un nouveau cycle de traitement peut parfois être efficace, surtout contre une récidive locale ou régionale, selon le NCI.

Les données du Burkina Faso
Une étude menée par le Professeur Nayi Zongo, chirurgien oncologue à l’Université Joseph Ki-Zerbo et figure éminente de la lutte contre le cancer au Burkina Faso, en collaboration avec l’Université Norbert Zongo et quatre autres enseignants-chercheurs a publié son étude en 2022 dans l’European Journal of Surgical Oncology.
Ladite étude a suivi 550 patientes opérées d’un cancer du sein à Ouagadougou entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2020. Leur survie globale à cinq ans a été estimée à 66,2 %. La survie tombe à 53 % chez les moins de 30 ans. « Les auteurs ont conclu que la survie des patientes opérées reste à améliorer.
Mais, ces chiffres demandent de la prudence. Parce que l’étude ne compare pas des patientes opérées à des patientes non opérées. Elle ne mesure donc pas l’effet de l’opération seule. La survie dépend aussi d’autres facteurs, comme le stade du cancer et le sous-type de la tumeur, que l’étude distingue. Elle montre toutefois qu’environ deux patientes opérées sur trois étaient en vie cinq ans plus tard.
Le fait de présenter l’opération comme inutile parce qu’une récidive reste possible revient à écarter un traitement de référence au nom d’un risque que les traitements visent justement à réduire. Le NCI rappelle que le médecin est le mieux placé pour évaluer le risque de récidive de chaque patiente.
VERDICT : PARTIELLEMENT FAUX.
Il est vrai qu’une opération ne garantit pas que le cancer ne reviendra jamais. Mais, ce n’est pas vrai que la maladie revient inévitablement ou que la chirurgie ne sert à rien. Après vérification, on peut conclure que cette allégation d’un retour certain du cancer après opération est PARTIELLEMENT FAUSSE.
Aminata SANOU
Silures Média : « Au-delà des faits! »
Cette vérification des faits a été produite par Aminata Sanou dans le cadre du programme d’incubation Polish Embassy de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. Le choix éditorial est du ressort de Silures Média.

