Une vidéo (lien archivé ici) sur Facebook publiée par Blessing Awadjo affirme que la feuille de noni peut aider à faire disparaître les boules du cancer du sein. Mais après vérification, cette affirmation est cliniquement FAUSSE.
L’auteur de la publication sur Facebook affirme d’abord qu’une opération contre le cancer n’empêche pas la maladie de revenir. Il conseille ensuite aux femmes qui ont une boule au sein, « au début », de se procurer « la plante » de noni, de piler ses feuilles nouvelles, de les appliquer sur les seins le soir avant de dormir, de les envelopper et de recommencer pendant deux semaines à un mois. La vidéo enchaîne ensuite sur le jus de noni et évoque enfin qu’il y a « plusieurs personnes qui commercialisent » ce produit.
Le 30 octobre 2026, la publication comptait 5 255 mentions « J’aime », 197 commentaires, 738 partages et 1 399 enregistrements. Un numéro de téléphone s’affiche à l’écran.
Pendant que l’animatrice de la page nommée Blessing Awadjo évoque le noni, son image d’illustration montre plutôt une branche et un fruit de corossol. Nous examinons donc le corossol, puis le noni dont parle la vidéo. Cette recette suit directement l’affirmation que le cancer revient après une opération.
Le corossol, aucune preuve contre le cancer
Le Cancer Research UK indique qu’il n’existe pas assez de preuves fiables que le corossol (graviola) soigne le cancer. La recherche reste surtout menée en laboratoire, où des extraits ont détruit certaines cellules cancéreuses, mais l’organisme précise qu’il n’y a pas eu d’études chez l’être humain. L’organisme émet aussi des risques sanitaires sur certaines substances du corossol qui pourraient provoquer des troubles nerveux et des troubles du mouvement. Cancer Research UK conclut qu’on peut nuire à sa santé en arrêtant un traitement contre le cancer pour un traitement non prouvé.
Le noni, des effets en laboratoire, mais rien chez l’être humain
Le noni (Morinda citrifolia) est un arbre tropical dont les feuilles, les fruits et d’autres parties servent depuis longtemps en médecine traditionnelle.
Selon la fiche du NCCIH, des recherches en laboratoire lui ont trouvé des propriétés antioxydantes, immunomodulatrices, antimicrobiennes, antifongiques et antitumorales. En revanche, très peu d’études ont été menées chez l’être humain, et le noni n’a montré d’effet bénéfique sur aucune affection.
Une synthèse publiée en 2022 dans Integrative Cancer Therapies a examiné 51 publications sur l’efficacité et la sécurité du noni. Sur les 41 consacrées à l’efficacité, seules deux concernaient des patients, un essai clinique de phase 1 et un rapport de cas. Les autres portaient sur des cellules ou des animaux.
Des cas de toxicité du foi après la consommation du noni
En plus de l’absence d’efficacité scientifiquement prouvée, la sécurité de l’astuce vantée par Blessing interroge également. Le NCCIH rapporte plusieurs cas de toxicité du foie chez des personnes ayant bu du jus ou de la tisane de noni pendant plusieurs semaines, sans que le lien de cause soit établi. Le noni contient beaucoup de potassium, ce qui impose de demander conseil à un soignant en cas de maladie rénale. Il peut aussi interagir avec certains médicaments. Enfin, le NCCIH écrit qu’il n’existe pas assez d’informations fiables pour savoir si l’usage du noni sur la peau est sûr.
Une boule au sein n’est pas toujours un cancer
Le service de santé britannique (NHS) rappelle que la plupart des boules au sein sont bénignes. Elles sont souvent dues à un fibroadénome qui est une croissance de tissu non cancéreuse, ou à un kyste rempli de liquide. Certaines disparaissent d’elles-mêmes, sans traitement. Une femme qui verrait sa boule diminuer après un mois de feuilles pourrait donc en attribuer à tort le mérite à la plante.
Le NHS recommande de consulter pour toute boule au sein ou à l’aisselle, et pour tout changement inhabituel, comme un mamelon qui rentre, une peau qui se creuse ou un écoulement.
Point de vigilance sur les intérêts des auteurs
Une synthèse publiée en 2018 dans la revue Foods, intitulée « The Potential Health Benefits of Noni Juice : A Review of Human Intervention Studies », a été réalisée avec la participation de cinq auteurs employés au département de recherche et développement de Morinda, Inc qui est une entreprise de commercialisation des produits à base de noni. Les chercheurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts, tout en mentionnant cet emploi. Cette affiliation n’invalide pas à elle seule leurs résultats, mais elle aide à apprécier le contexte de la recherche et un éventuel biais commercial. Lire la publication intégrale ici.
À l’inverse, la synthèse de 2022 signée par des chercheurs d’institutions publiques malaisiennes, qui déclarent n’avoir reçu aucun financement et n’avoir aucun conflit d’intérêt évoquent une piste intéressante pour la recherche en phytothérapie et en oncologie intégrative, tout en précisant que des essais cliniques humains plus poussés sont indispensables avant toute recommandation formelle comme traitement médical.
VERDICT : FAUX !!
Ni le corossol, ni le noni n’ont démontré d’effet contre un cancer du sein chez l’être humain, et rien n’indique cliniquement que des feuilles pilées appliquées sur la peau font disparaître une tumeur. En conclusion, cette affirmation est FAUSSE.
Aminata SANOU
Silures Média: « Au-delà des faits ! »
Cette vérification des faits a été produite par Aminata Sanou dans le cadre du programme d’incubation Polish Embassy de l’Alliance africaine de fact-checking (AFCA). Elle a été réalisée avec le soutien de PesaCheck, l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, et avec le soutien financier de l’ambassade de Pologne au Sénégal. Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. Le choix éditorial est du ressort de Silures Média.

