Journaliste à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), aujourd’hui en service à la chaîne thématique RTB Zénith, Clémence Tuina cumule près de deux décennies d’expérience dans les médias publics. De la radio à la télévision, cette passionnée de production journalistique a construit un parcours marqué par la rigueur, la créativité et plusieurs distinctions nationales et internationales. Dans cet entretien, elle revient sur sa vocation, les moments marquants de sa carrière, les défis du métier et adresse un message d’encouragement aux femmes journalistes qui subissent toujours des stéréotypes.
Comment est née votre passion pour le journalisme ?
Quand j’étais petite, je me souviens avoir été marquée par des téléspeakerines comme Jeanne Coulibaly et Saly Nadège Koné. J’aimais les imiter. Je prenais le boubou de ma mère, je le portais et j’attachais son foulard en bazin. J’installais des tables et j’essayais de faire comme si je présentais le journal.
Plus tard, quand j’étais au collège du Vénégré, en classe de 5ᵉ ou de 4ᵉ, je me souviens avoir créé mon propre journal. J’ai pris des feuilles blanches, j’ai créé des rubriques et j’ai essayé de présenter un journal.
C’est donc une passion née depuis mon enfance et qui ne m’a jamais quittée. J’ai toujours dit : « Moi, je ne peux qu’être journaliste. ».
Comment votre carrière journalistique a-t-elle débuté ?
Ma carrière a débuté après deux ans de formation à l’ISTIC. J’ai ensuite été affectée à Radio Burkina, où j’ai passé environ 16 ans. Depuis 2024, j’ai été affectée à RTB Zénith.
Jusqu’à présent, ma carrière a été essentiellement tournée vers la radio. Entre 2012 et 2024, j’occupais le poste de chef de service des productions radiophoniques.

Je dois préciser que ma carrière a été beaucoup plus orientée vers la production journalistique, c’est-à-dire la conception et la réalisation d’émissions. Beaucoup de personnes ne me connaissent pas forcément, parce que je n’étais pas toujours sur le terrain des couvertures médiatiques.
Aujourd’hui, je suis en train de réorienter véritablement ma carrière vers la télévision. Même lorsque je travaillais à la radio, je faisais déjà de la télévision, notamment avec l’émission Face… et la chronique mode et beauté dans RTB Matin.
Quels sont les moments les plus marquants de votre carrière ?
Je dirais que mon palmarès a marqué mon parcours. Entre 2012 et 2018, lorsque je participais à des concours journalistiques, j’ai obtenu au total 12 prix, sur le plan national, africain et international.
J’ai reçu notamment des prix Galian dans plusieurs catégories : grand reportage, enquête et magazine. J’ai aussi été très heureuse de recevoir le prix Norbert Zongo en journalisme d’investigation, catégorie radio.
Mais le moment qui m’a le plus marquée, c’est lorsque je me suis retrouvée à Paris pour recevoir un prix au nom du Burkina Faso. C’est un prix mondial ouvert à tous les journalistes du monde entier, quelle que soit la langue parlée.

J’étais en compétition avec des journalistes venant de pays comme l’Iran, plusieurs pays d’Europe ou encore la France. Je n’oublierai jamais la présence de Manu Dibango à cet événement. Lorsqu’il a su que je venais du Burkina Faso, il était très heureux et a parlé en bien des Burkinabè et du pays de Thomas Sankara.
Je me souviens aussi que la présidente du jury s’est approchée de moi pour me dire :
« Franchement, félicitations madame. Je viens de France Culture qui avait également présenté une œuvre. Mais dès les premières secondes de l’écoute de votre travail, tout le monde était d’accord pour dire que cette œuvre devait remporter le prix de la découverte Maty Dorée URTI. »
C’était une grande fierté, d’autant plus que j’avais présenté un genre que je n’avais jamais réalisé auparavant : un docu-fiction radiophonique sur la princesse Yennenga, dans lequel j’ai fait intervenir des slameurs.
Quels défis avez-vous rencontrés dans votre carrière ?
Le fait que je sois beaucoup orientée vers la production journalistique, et moins vers la couverture médiatique pour le journal parlé ou télévisé, a parfois constitué un défi.
Ce sont en effet deux terrains différents. Souvent, les médias n’ont pas beaucoup de moyens et la priorité est donnée à l’actualité, ce qui est compréhensible puisque l’actualité se périme très vite.
Il arrivait que je prépare un reportage et qu’en arrivant on me dise qu’il n’y a ni chauffeur ni technicien pour m’accompagner, parce que tout le monde est mobilisé pour le journal parlé.
Cela peut créer des frustrations. Si l’on n’est pas fort mentalement ou passionné, on peut être tenté d’abandonner.
Pour ma part, lorsque cela arrivait, j’enfourchais ma moto, je prenais un enregistreur et j’allais faire le reportage moi-même.
Avez-vous rencontré des difficultés dans votre rôle de responsable ?
Oui. Lorsque j’étais chef de service des productions radio, j’ai parfois subi une certaine pression de la hiérarchie, qui estimait que mon style de management n’était pas assez « viril ».
On trouvait mon style trop doux, voire proche du laxisme. Pourtant, chacun a son style de management. Je travaille avec des adultes, je n’ai pas à les traiter comme des enfants.
Pour moi, l’essentiel est d’atteindre les résultats, et jusqu’à preuve du contraire, j’ai toujours atteint les objectifs qui m’étaient confiés chaque année.
Comment percevez-vous aujourd’hui l’image de la femme journaliste dans la société ?
Malheureusement, l’image reste plutôt négative. Depuis que j’ai commencé ce métier, il y a 18 ans, ces préjugés existaient déjà et ils persistent encore.
On entend souvent dire que les femmes journalistes sont « aux cuisses légères », parce qu’elles voyagent beaucoup et travaillent avec des hommes. On dit aussi que ce métier ne favorise pas la stabilité dans le foyer.
Mais heureusement, il existe aussi des personnes bienveillantes qui nous respectent, nous admirent et reconnaissent notre travail.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes, notamment aux femmes journalistes du Burkina Faso ?
Je voudrais dire aux femmes, particulièrement aux femmes journalistes, de croire en elles.
Assurez-vous que ce que vous faites correspond réellement à votre passion et à vos centres d’intérêt. Soyez rigoureuses, passionnées, et saisissez les opportunités qui se présentent à vous.
Ce sera peut-être plus difficile parce que vous êtes des femmes, mais vous avez les compétences pour réussir. Après tout, les femmes sont de véritables super-women. Si nous arrivons à gérer les enfants, les époux et les relations sociales, nous pouvons aussi relever les défis professionnels.
Croyez en vous, croyez en vos rêves, soyez passionnées et assurez-vous d’aimer ce que vous faites. C’est le grand secret.
J K
