Alors que les discours officiels rythment le 1er mai, une question s’impose, qui fête-t-on réellement ? La Fête du Travail honore traditionnellement les personnes qui disposent d’un contrat, d’un salaire, d’un bureau. Elle laisse pourtant dans l’ombre une armée de travailleuses essentielles.
Au Burkina Faso, le moteur de notre société ne tourne pas seulement grâce aux usines ou aux administrations. Il fonctionne aussi, et surtout, grâce à ce que les économistes appellent désormais « l’économie du care », le travail de Soins non rémunéré ( SNR).
Le PIB a un visage féminin
Pendant que l’économie formelle est scrutée à la loupe, une richesse colossale est produite dans le silence des foyers. L’étude du Consortium régional pour la recherche en economie générationnelle (CREG), présentée à Ouagadougou en juin 2025 dans le cadre du projet Counting women’s work, l’évalue à près de 41,5 % du PIB national pour l’année 2022. Cuisiner, soigner la famille, aller chercher l’eau, éduquer les enfants sont des gestes quotidiens que personne ne salarie, que personne ne comptabilise, mais sans lesquels aucune autre activité économique ne serait possible au Burkina Faso.

Le coût du travail invisible
La même étude est sans appel. Sur une semaine, les femmes consacrent plus de 40 heures au travail domestique non rémunéré, contre seulement 45 minutes pour les hommes. Cet écart vertigineux n’apparaît dans aucun registre, aucune fiche de paie, aucune cotisation de retraite. Ce temps passé à prendre soin de la famille est un temps qui manque ailleurs pour se former, pour s’engager en politique, pour briller, pour souffler. Des heures prises, jour après jour, sans que personne ne les nomme pour ce qu’elles sont vraiment, c’est à dire du travail.
Nommer les réalités
Un hommage au travail doit nommer les réalités pour les transformer. En ce 1er mai 2026, il est temps de briser le mythe du « travailleur » universel et masculin par défaut.
La valeur du travail domestique et du soin doit entrer dans nos indicateurs de richesse nationale, parce que ce qui n’est pas compté finit toujours par disparaître des priorités.
Il faut aussi investir dans l’eau courante, l’énergie accessible, les crèches publiques, pour que ce poids ne repose plus aussi lourdement sur les épaules des femmes.
Commencons ce soir même
Dans nos maisons, avant même d’interpeller l’État, la question se pose avec la même urgence ; quand un homme consacre 45 minutes par semaine aux soins pendant qu’une femme y passe 40 heures, ce déséquilibre-là, on peut commencer à le combler ce soir même.
Célébrer le travail, c’est célébrer tous les efforts qui font tenir notre nation debout. Aujourd’hui, rendons justice à celles qui travaillent sans salaire, sans congés, sans que personne ne remarque leur absence le jour où elles s’arrêtent.
Bonne fête du Travail à toutes et à tous. Surtout à celles que l’on ne voit pas.
Jossira SANOU
